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Je ne suis pas un influenceur, je suis un content creator

Mode de vie

KoolShooters | Pexels

La bonne nouvelle d’entrée: n’importe qui peut générer des followers sur Instagram et consorts. Car les plateformes fonctionnent selon des règles prédéfinies. Qui les respecte est récompensé par de la portée et des followers.

Trois conditions doivent être remplies pour grandir:

  1. Poster tous les jours.

  2. Interagir avec la communauté.

  3. Créer des vidéos qui retiennent les utilisatrices et utilisateurs plus de trois secondes. C’est tout, il n’y a rien de plus.

Il ne faut aucune créativité. Il ne faut pas d’images joliment filmées ni de montage vidéo haut de gamme. Et c’est très important: on n’a pas besoin de savoir danser.

Est-ce que c’est marrant?

Même si les règles sont simples, les réseaux sociaux sont, qu’on me pardonne l’expression, une sacrée quantité de boulot. Aujourd’hui, filmer, monter et poster les vidéos sur trois plateformes de contenu court différentes me prend entre deux et trois jours de travail par semaine. Est-ce que c’est marrant? Au début, pas du tout. On essaie un truc, on investit beaucoup de temps et de matière grise dans quelque chose de créatif et on est récompensé par 14 likes.

De toute façon, la créativité est plutôt un obstacle sur les réseaux sociaux. Il faut des formats établis, reconnaissables, reproductibles à volonté. Chez moi, ce sont par exemple des sketchs dans lesquels je joue un millionnaire zurichois hautain ou un Allemand stéréotypé, ainsi que des blagues du genre «de notre génération». Au fond, ça n’a pas grand-chose à voir avec ce que je fais sur scène, mais ça clique beaucoup mieux.

À un moment, on se surpasse et on se dit: tant pis, moi-même je trouve ça moyen, mais ça a l’air de plaire aux utilisatrices et utilisateurs. Il n’y a pas besoin de réinventer la roue. Dans chaque film Marvel, on retrouve toujours les mêmes personnages et les mêmes arcs narratifs. Les utilisatrices et utilisateurs veulent du connu, remballé autrement.

À quoi ça sert?

Au début, rien du tout. Après deux à trois mois, on voit les premiers résultats. Dès qu’un format fonctionne, c’est marrant. On reçoit des encouragements, des compliments, de la reconnaissance. Et bien sûr aussi quelques commentaires haineux. L’absurdité des réseaux sociaux, c’est que plus une chose polarise, plus elle gagne en portée.

Au début, j’avais du mal à poster du contenu polarisant. En tant qu’artiste de scène, on a envie d’être aimé. Mais en termes de portée, ça explose littéralement dès que les gens se tapent dessus dans les commentaires.

À partir de 10’000 followers, les premières demandes de collaboration arrivent, généralement pour des produits vraiment nuls ou des services louches, comme les casinos en ligne. Dans mon cas, il y a soudain eu aussi des demandes de collaboration avec des entreprises suisses, ou des offres pour des apparitions en entreprise ou des animations. En plus, la prévente de mes spectacles d’humour marche beaucoup mieux.

Qu’est-ce que j’ai appris?

Ce ne sont pas les personnes les plus créatives, les plus drôles ou les plus belles qui deviennent célèbres, mais celles qui comprennent l’algorithme et sortent du contenu régulièrement.

Il faut aussi savoir résister aux vents contraires. Sur TikTok, on trouve à mon avis le fond du panier de la société. Des profils sans visage qui postent de la merde homophobe et raciste truffée de fautes d’orthographe. Sur YouTube, en revanche, la plupart ne sont que des consommateurs qui se laissent bercer par des vidéos. Sur Instagram, c’est un mélange des deux.

J’ai appris que les réseaux sociaux peuvent être amusants une fois qu’on a trouvé un format qui fonctionne. De plus, au cours des douze derniers mois, j’ai collaboré avec de nombreuses personnes et développé de nouveaux champs d’activité. Ce sont tous des projets qui n’auraient pas pu naître sans les réseaux sociaux.

Depuis peu, on m’aborde aussi plus souvent dans la rue. Jamais à cause de mes extraits de scène, cela dit, mais presque toujours à cause du millionnaire zurichois arrogant. Au début, je trouvais ce personnage gênant, mais depuis, il m’est devenu vraiment cher. En tant que millionnaire, je peux être méchant, et si je suis insulté dans les commentaires, ça génère encore plus de trafic.

La rentabilisation de la haine. Ça seul justifie déjà tous ces efforts. Si tu veux booster ton social game, envoie-moi un DM, je sais maintenant comment ça marche. Fais-moi juste une faveur: ne t’appelle pas influenceur. Nous sommes des content creators.

Frank Richter est en tournée avec son quatrième spectacle solo. Plus honnête, plus direct et plus polyvalent que jamais. #Lovemyjob est une virée sauvage entre observation du quotidien au scalpel et humour noir comme un corbeau.

Dates: frankrichter.ch

Texte: Frank Richter.

Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.

Frank Richter

Rédaction
Magazine DISPLAY

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Publié :

24.10.2026

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