En Italie, un homme a été brutalement tabassé après un rendez-vous fixé via Grindr. Le cas est effrayant, mais pas nouveau. Partout dans le monde, des agresseurs recourent au même stratagème. En Suisse aussi.
L’attaque à Sovizzo, près de Vicence, a suivi un schéma que les enquêteurs connaissent depuis longtemps dans plusieurs pays. Un profil faux ou réel, un rendez-vous, un guet-apens. Parfois il s’agit d’argent, parfois de violence comme fin en soi. Rien n’a été volé à la victime italienne, âgée de 42 ans. Les carabiniers présument une agression homophobe ciblée. Plusieurs autres utilisateurs se sont manifestés par la suite: ils auraient failli commettre la même erreur.

Ce qui frappe: les agresseurs rajeunissent. En Hesse, un groupe d’adolescents a attiré pendant des mois des hommes gays dans des guets-apens via Grindr et Romeo, les a frappés et dévalisés. La police connaît au moins huit cas. L’un des assauts a été filmé par les agresseurs, qui ont fièrement montré la vidéo dans leur école. À Vienne, un groupe de jeunes a agressé un homme de 49 ans après un rendez-vous organisé devant une église. À Londres, un réseau a été condamné pour avoir, via Grindr, dévalisé de façon ciblée des hommes gays dans 22 cas – parfois dans leur propre logement.
Radicalisation en ligne, violence hors ligne
L’Australie montre où cela peut mener. Là-bas, le problème est désormais si important que le Parlement de l’État de Victoria a ouvert une enquête. Des centaines d’hommes seraient devenus victimes de ce stratagème ces deux dernières années. Un agresseur condamné a déclaré devant le tribunal avoir eu l’idée en visionnant des vidéos de type «vigilante» sur TikTok. C’est une dimension qui dépasse le fait divers classique: les agressions contre des hommes gays sont mises en scène en ligne, partagées et imitées. Les agresseurs récoltent des applaudissements. Et le suivant en tire des leçons.
Le fait que des cas similaires aient aussi été signalés en Espagne – faux profils, lieux de rendez-vous publics, puis escalade – montre bien que ce n’est pas un problème australien ou allemand. C’est un problème mondial.
La Suisse ne fait pas exception
À l’automne 2023, deux hommes ont attiré leurs victimes via Grindr dans des zones boisées du Unterland zurichois. Masqués et armés d’un pistolet à air comprimé, ils assommaient les victimes et les dévalisaient. Le tribunal d’arrondissement de Bülach a condamné le duo à des peines privatives de liberté fermes de 6 et 6,5 ans.
Ce n’était pas le seul cas. Comme l’a rapporté la SRF en décembre 2023, plusieurs polices cantonales ont mis en garde simultanément contre une autre variante: les agresseurs fixaient un rendez-vous via des plateformes de rencontre, venaient chez la victime et mélangeaient une substance sédative à sa boisson. Quand la victime se réveillait des heures plus tard, l’argent liquide et les bijoux avaient disparu. La police cantonale de Zoug a explicitement parlé d’«un nouveau phénomène qui vise particulièrement les hommes ayant des relations intimes avec des hommes». Les cantons de Vaud, Bâle-Campagne, Genève, Zoug, Zurich et Berne étaient concernés.
Beaucoup se taisent
Ce qui complique tout: de nombreuses victimes ne portent pas plainte. Par peur d’un outing, par honte, parce qu’on ne veut pas avoir à s’expliquer. Le chiffre noir est important. Le débat de société à ce sujet est quasiment inexistant.
Quiconque utilise des applications de rencontre devrait savoir: avant un premier rendez-vous, un bref appel vidéo est utile. Les premiers rendez-vous ont leur place dans des lieux publics fréquentés. Une personne de confiance devrait savoir où l’on se trouve. Et un profil qui paraît trop parfait n’en est parfois pas un. Tu trouves aussi des conseils réalistes pour des situations de rencontre spécifiques chez Pink Cross.
Si tu es victime d’une agression: porte plainte et signale le cas directement via l’application. Pour que d’autres puissent être alertés.
Texte: Maurice Müller.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
