Dominic Hartmann est membre de l’ensemble au Theater Basel et s’engage dans la communauté queer. Avec DISPLAY, il parle des défis de la représentation queer sur scène et de son engagement pour l’initiative «Queer und Sober», qui milite pour des espaces queers sans drogue ni alcool.
Interview Christian Gersbacher
DISPLAY : Dominic, comment te décrirais-tu en tant que personne en deux phrases ?
Dominic Hartmann : Je suis un type plein d’humour, qui aime échanger avec les autres et qui a à cœur le bien-être de ses semblables. En même temps, j’apprécie aussi de me retirer parfois et d’avoir du temps pour moi.
Comment en es-tu venu au théâtre, en fait ?
J’ai participé en 2013 à un cours préparatoire de théâtre à la ZHdK de Zurich, plutôt par manque d’orientation. C’était la première chose qui m’ait vraiment fait plaisir. Ensuite, j’ai passé l’examen d’admission et j’ai été accepté pour les études de théâtre à Zurich. Le cours préparatoire a été pour moi le véritable point de départ, car c’est là que j’ai réalisé que le théâtre était quelque chose qui m’enthousiasmait vraiment.
Tu as joué dans la pièce «La Reine des neiges» au Theater Basel. Quel rôle as-tu incarné et qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Dans cette pièce, je joue plusieurs rôles. L’histoire est basée sur un conte du poète gay Hans Christian Andersen et est née à l’époque de la révolution industrielle. L’histoire montre à quel point il est important de croire en soi et de suivre sa propre voie. Pour moi personnellement, il est important que le personnage principal, Gerda, puise son courage en elle-même – et que cette force féminine se combine à une aventure enfantine.
Tu as connu des étapes passionnantes dans ta carrière, d’abord le Schauspielhaus Zürich, puis le Gorki Theater à Berlin et maintenant le Theater Basel. Y a-t-il eu des moments marquants dans ton parcours ?
Définitivement. La représentation de la pièce «Dämonen», mise en scène par Sebastian Nübling et Boris Nikitin, m’a particulièrement marqué. Cette pièce a été un jalon, et je suis fier que nous la remettions à l’affiche au printemps. Être au Theater Basel, je le vis comme une grande chance.
Le théâtre a la possibilité d’aborder des thèmes de société et de représenter la diversité. Qu’en est-il de la représentation des récits queers sur scène ?
Il y a encore de la marge. Dans certains théâtres, la diversité est visible, mais il reste une belle marge de progression. Sur scène, la vie devrait être représentée dans toute sa diversité. Les histoires sont comme une prairie – on ne devrait pas y trouver que les marguerites et les pieds-d’alouette, mais aussi le scarabée et la rose. C’est seulement ainsi que le public peut développer de l’empathie et renforcer le sentiment du «nous» plutôt que du «moi et les autres». Maintenant qu’en Allemagne les subventions pour l’inclusion et la diversité sont supprimées, que la politique se polarise davantage, il est d’autant plus important de rester visible et de raconter des récits et des corps queers.
QUEER ET SOBRE
Tu t’engages fortement pour l’initiative «Queer und Sober» – quel est votre objectif ?
J’ai moi-même décidé de vivre de façon sobre et j’ai cherché des lieux libres d’alcool ou de drogues. Cette initiative doit créer des espaces de rencontre pour la communauté queer,
où l’on peut échanger et passer du temps ensemble. Nous organisons des rencontres régulières, avons un canal Instagram pour les échanges et un groupe WhatsApp dans lequel les membres peuvent se soutenir mutuellement. Entre-temps, je constate que la sobriété devient plus présente dans la communauté et que davantage de personnes optent pour une consommation plus responsable.
Comment peut-on créer plus de sensibilité dans les espaces festifs queers typiques, où drogues et alcool sont souvent présents ?
En élargissant simplement l’offre. Il suffit déjà de proposer des alternatives sans alcool et de créer des espaces pour des événements sobres. Plus les gens le savent, plus il devient normal que certains ne veuillent tout simplement rien consommer.
Que conseillerais-tu aux jeunes personnes queers qui ont des difficultés avec des substances addictives ?
Mets-toi en réseau avec d’autres, parles-en, passe voir «Queer und Sober» ou cherche-toi une autre communauté comme la Milchjugend. Personne ne doit relever ce défi seul.
Quels sont tes objectifs personnels ?
Mon souhait est de rester en bonne santé, de continuer à jouer de façon authentique et d’utiliser le théâtre comme un espace de diversité et de pluralité. Pour moi, la scène est un lieu queerfriendly où je peux apporter mon identité personnelle sans avoir à m’adapter. Tennessee Williams a écrit un jour : «Nous ne sommes pas nombreux, c’est pourquoi nous devons veiller les uns sur les autres.» C’est ce que je vois comme une inspiration et une motivation.

Dominic Hartmann dans le rôle de la «Finnoise» dans la pièce «La Reine des neiges» au Theater Basel.
Dès le 12 septembre, Dominic Hartmann joue dans la pièce «Mars» d’après Fritz Zorn au Theater Basel :
Texte : Christian Gersbacher.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.

