Tester, tester, test

Médecine

Bild: Adobe Stock | Andrey Popov

«J’ai 23 ans et je n’ai encore jamais fait de test VIH». C’est ce qu’a écrit un lecteur de DISPLAY, qui dit être proche de la manosphère. Il considère le VIH comme un «problème résolu», tout en vivant en même temps avec des vagues de syphilis, des risques de HPV et une connaissance approximative de la PrEP. Apparemment, ce jeune homme gay ne sait pas grand-chose des risques liés au sexe. Il a beaucoup de plaisir au lit, mais considère les infections sexuellement transmissibles comme quelque chose qui ne touche que les vieux… La jeune génération est-elle vraiment aussi ignorante, Marc?

Marc Eggenberger: Non. La prémisse selon laquelle «la jeunesse serait ignorante» m’étonne. Ce n’est pas la perception que nous partageons. Au contraire: les données des trois vagues de l’enquête EMIS montrent que les jeunes sont plus souvent vaccinés, se font tester tout aussi souvent, voire plus souvent, et ne sont en moyenne pas davantage touchés par les IST que les autres groupes d’âge.

Là où nous constatons en revanche une nette différence d’âge, c’est au niveau des expériences négatives vécues au quotidien et dans le système de santé en lien avec l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Le besoin d’espaces sûrs et de points de contact dignes de confiance semble plus élevé chez les jeunes queers.

Nous avons tous des incertitudes, indépendamment de l’âge. La question déterminante est: où puis-je poser mes questions ouvertement, sans être jugé·e? Où est-ce que j’obtiens des informations fiables sur la santé sexuelle et le bien-être? Nous observons ce besoin dans tous les groupes d’âge et adaptons nos offres en conséquence, en ciblant les groupes concernés, notamment via les réseaux sociaux, le web et le print.

DISPLAY: Marc, l’Aide Suisse contre le Sida propose en mai des tests gratuits pour le VIH et la syphilis. Pourquoi?

Pour de nombreux hommes et personnes trans qui ont des rapports sexuels avec des hommes, se faire tester régulièrement fait désormais partie de la routine; mais pas encore pour tout le monde. C’est là que la campagne de test Dr. Gay intervient en mai: nous voulons réduire les obstacles et atteindre les personnes qui, sinon, ne vont pas se faire tester.

Un test VIH et syphilis gratuit en mai abaisse le seuil d’entrée financier et psychologique et crée une occasion de se pencher sur son propre état de santé, dans un cadre protégé et confidentiel.

À quelles questions êtes-vous confrontés dans votre travail?

Nous recevons de nombreuses demandes. Le flot d’informations – en particulier via les réseaux sociaux – est important, les connaissances de base sont souvent présentes. Notre rôle consiste donc surtout à être une source sûre et fiable: classer les savoirs, corriger les mythes et donner des recommandations proches de la réalité. Une incertitude? Des jeunes aux moins jeunes, tout le monde peut se faire conseiller chez Dr. Gay et trouver des réponses à ses propres questions.

Quel est le nouveau focus de l’Aide Suisse contre le Sida?

Sur le fond, nous restons les mêmes qu’au jour de notre fondation: nous sommes une organisation militante. Nous nous engageons, avec les personnes concernées, pour la santé de la communauté et pour l’autodétermination sexuelle.

Ce qui a changé, c’est notre regard: aujourd’hui, nous comprenons la santé sexuelle de manière plus large, mais aussi plus politique. Nous constatons que toutes les personnes n’ont pas les mêmes accès à l’information, à la prévention, aux tests ou aux soins. Nous y répondons en nommant les inégalités, en supprimant les obstacles et en renforçant celles et ceux que le système a tendance à négliger.

Votre thème phare s’intitule Vacciner/Se protéger/Tester: de quoi s’agit-il?

Pour nous, la compréhension du safer sex repose sur quatre piliers: vacciner, se protéger, tester et traiter. Qui garde ces étapes en tête prend bien soin de soi et peut vivre sa sexualité de manière autodéterminée et sans souci.

Quels vaccins devrait-on se faire faire, et pourquoi?

Pour les hommes et les personnes trans qui ont des rapports sexuels avec des hommes, nous recommandons les vaccins suivants:

▶ HPV

Les papillomavirus humains (HPV) se transmettent par contact corporel direct, en particulier par contact des muqueuses, et principalement par voie sexuelle. Une transmission indirecte par des objets (par exemple des sextoys) ou des surfaces est également possible. Certains types de HPV peuvent provoquer des cancers au niveau génital et anal ainsi que dans la gorge. D’autres types de HPV peuvent entraîner des condylomes génitaux. Une vaccination protège contre une infection par les types de virus les plus dangereux et contre les formes graves. La vaccination est gratuite jusqu’à 27 ans, mais elle peut aussi valoir la peine après.

▶ Hépatite A/B

L’hépatite est une inflammation infectieuse du foie. Différents virus de l’hépatite peuvent se transmettre lors de rapports sexuels. On peut se protéger efficacement contre les virus de l’hépatite A et B grâce à une vaccination. Le vaccin peut être administré de manière combinée pour les deux virus.

▶ Mpox

Une infection par le virus Mpox peut provoquer une éruption cutanée douloureuse, y compris dans les zones anale, génitale et buccale. Le Mpox se transmet par contact corporel étroit, principalement lors de rapports sexuels. La vaccination réduit le risque d’infection. Et, tout aussi important: la vaccination réduit le risque de forme grave.

Se protéger: que recommandez-vous?

Qui a des rapports sexuels se protège du VIH avec un préservatif ou avec la PrEP.

D’autres IST, comme par exemple la syphilis, se transmettent plus facilement, et même un préservatif ne protège pas de manière fiable. Car la syphilis peut aussi se transmettre en s’embrassant ou en pratiquant une fellation. C’est pourquoi il vaut la peine, grâce à des tests réguliers, de dépister et de traiter une infection à un stade précoce.

On peut se protéger du HPV, de l’hépatite A/B et du Mpox grâce à la vaccination.

Selon la situation personnelle, il peut en outre être judicieux, lors d’une consultation, de discuter d’autres tests, par exemple pour les chlamydias, la gonorrhée ou l’hépatite C, ou d’examiner des vaccinations contre le HPV, l’hépatite A/B ou le Mpox.

Consultation dans un cadre protégé au Checkpoint Zurich.
Dr. Gay répond aussi aux questions urgentes: drgay.ch. (Photo: Checkpoint Zurich)

Dans quelle mesure les effets à long terme de la PrEP sont-ils étudiés?

Les études scientifiques s’étendent sur plusieurs années, mais pas sur de très longues périodes de nettement plus de cinq ans. Il n’existe donc pas encore d’expériences d’études portant sur des décennies. De nouvelles connaissances s’ajoutent en continu.

Ce que l’on sait aujourd’hui: chez certain·e·s utilisateur·rice·s, des effets secondaires légers peuvent survenir, par exemple des troubles gastriques ou des modifications passagères des valeurs rénales. Les problèmes graves sont rares, et la plupart des modifications régressent après l’arrêt de la PrEP.

Qui prend la PrEP bénéficie d’un suivi médical. Cela signifie: en plus des tests VIH et autres IST, la fonction rénale et la santé osseuse sont aussi contrôlées régulièrement. Si des effets secondaires apparaissent, ils sont détectés tôt et discutés ensemble, de sorte qu’on puisse réagir.

Tester: quel est l’avantage? Ne suffit-il pas d’avoir un comportement safer, indépendamment de mon statut?

Rien ne protège à 100 pour cent. Même si tu adoptes un comportement aussi safer que possible, il existe des situations où des transmissions peuvent tout de même se produire. C’est pourquoi il est plus sûr de se tester régulièrement et de connaître son propre statut. Le VIH est souvent transmis par des personnes qui pensent être négatives, mais qui ne connaissent pas leur statut. Tout le monde n’a pas de symptômes précoces – le virus peut rester longtemps inaperçu. Qui connaît son statut est toujours avantagé·e: les personnes vivant avec le VIH peuvent commencer un traitement tôt et ne transmettent plus le virus. Si le test est négatif, tu peux continuer à te protéger avec des préservatifs ou la PrEP et tu sais où tu en es.

▶ Pour le VIH et la syphilis, la règle est:

– Les personnes qui ne vivent pas avec le VIH – qu’elles utilisent la PrEP ou non – se font tester au moins une fois par an et lors d’une nouvelle relation. Qui a plus d’un·e nouveau·elle partenaire sexuel·le par mois devrait se faire tester tous les six mois, et tous les trois mois à partir de trois partenaires ou plus.

– Les personnes vivant avec le VIH font contrôler leur charge virale et un test de syphilis dans le cadre du suivi médical régulier.

L'image montre un homme torse nu, appuyé contre un mur de salle de bain. Une paire de mains, plus proche de la caméra, ouvre un préservatif portant l'inscription «Love Life». Au-dessus du préservatif, en lettres grasses: «C'est parti». En bas à gauche suit le texte: «1. Sexe vaginal et anal avec préservatif. 2. Et parce que chacun·e aime différemment: fais dès maintenant ton propre Safer-Sex-Check sur lovelife.ch»
Une épine dans le pied de nombreux moralisateurs: la campagne Love Life, un succès, sur laquelle s’est abattue la hache des économies.

Vent contraire pour l’Aide Suisse contre le Sida: certains milieux combattent tout ce qui est queer/divers/woke. Dans quelle mesure cela a-t-il des répercussions sur l’organisation queer qu’est l’Aide Suisse contre le Sida?

L’Aide Suisse contre le Sida s’engage depuis plus de 40 ans pour la santé et les droits de toutes et tous. Nous constatons que la communauté queer subit depuis quelque temps une pression accrue. Nous y répondons. Car lorsque certains groupes sont attaqués, cela concerne la liberté de toute la société.

Ce qui met la prévention sous pression en Suisse, c’est la tendance aux économies au niveau fédéral. Alors que les soins médicaux sont d’un niveau élevé en Suisse, on économise sur la prévention. L’Office fédéral de la santé publique a réduit les moyens destinés à la prévention nationale des IST, notamment pour la campagne Love Life. Dans le même temps, le rapport actuel de l’OFSP montre une évolution claire: plusieurs infections sexuellement transmissibles stagnent à un niveau élevé ou continuent d’augmenter:

– Les cas de gonorrhée ont augmenté de 11,6 pour cent en 2024, pour atteindre 6805.

– La syphilis reste stable à un niveau élevé, avec 1042 cas.

– De même pour la chlamydiose, avec 12’793 cas.

– Les nouveaux diagnostics de VIH sont en légère baisse, avec 318 cas (2023: 357 cas).

Ces chiffres le montrent clairement: la prévention fonctionne – mais seulement si elle est menée de manière conséquente et suffisamment financée. Les offres de test, le travail de sensibilisation et les accès à bas seuil doivent être renforcés pour stopper les évolutions actuelles. C’est là la responsabilité de la Confédération et des cantons.

En même temps, il est important de remettre les choses en perspective: une grande partie de cette dynamique provient de petits milieux très bruyants, qui sont socialement moins largement soutenus que ce que l’on pourrait parfois croire.

▶Infos: Aide Suisse contre le Sida | aids.ch

Marc Eggenberger (aucun pronom, iel) travaille depuis quatre ans à l’Aide Suisse contre le Sida et est responsable de Dr. Gay. Marc s’attache à transmettre la recherche de manière compréhensible, honnête et sans donner de leçons. Ayant grandi avec Dr. Sommer, Marc sait d’expérience à quel point des réponses dignes de confiance sont importantes pour des questions délicates, et souhaite poursuivre exactement cela pour la communauté. Dans sa vie privée, Marc aime TikTok (vraiment beaucoup), est allergique aux images générées par IA (préfère un mauvais graphisme fait maison) et passe l’été à la plage si possible (cette année à Palerme).

Portrait de Mark Eggenberger
Mark Eggenberger

Texte: Beat A. Stephan.

Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.

Beat A. Stephan

Rédaction
Magazine DISPLAY

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Publié :

01.05.2026

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