Pendant près de 50 ans, «Emma» s’est battue – elle met maintenant un terme à son combat. Alice Schwarzer, 83 ans, a annoncé la fin de son magazine. Le dernier numéro, le 8 décembre, sera deux fois plus épais, avec les 50 thèmes les plus importants de ces cinq décennies. Le tirage baisse, dit Schwarzer, mais les recettes couvrent encore les dépenses. Sa raison: «Nous partons, parce que nous pensons: ça suffit!» Les archives seront remises aux Archives littéraires allemandes de Marbach.
Un magazine qui a ouvert des portes

Le premier numéro d’«Emma» est arrivé au kiosque le 26 janvier 1977. Schwarzer voulait créer un contrepoids aux «médias masculins» – et elle a écrit sur des thèmes que personne d’autre n’osait aborder: les abus sexuels sur mineurs dès 1978, puis les mutilations génitales et le cancer du sein. De nombreuses rédactions n’ont suivi qu’après qu’«Emma» eut ouvert la voie.
Et Schwarzer elle-même? Elle n’a rendu publique son amour pour une femme qu’en 2018 – avec son mariage avec la photographe Bettina Flitner, après plus de 30 ans en couple.
Et puis est arrivée l’«idéologie trans»
En 1984, Schwarzer saluait encore les femmes trans comme des «sœurs». Il n’en restait plus grand-chose ces dernières années. En 2022, «Emma» s’en est prise à la politicienne verte Tessa Ganserer, a cité son deadname et a écrit qu’elle était «physiquement et légalement un homme». Le Schwules Museum de Berlin (Musée gay de Berlin) a qualifié ce texte d’atteinte à la dignité de toutes les personnes trans – le Conseil de la presse allemand a rejeté les plaintes.
Le jour où le Bundestag a adopté, en 2024, la loi sur l’autodétermination (Selbstbestimmungsgesetz), Schwarzer a parlé de «mutilation des organes génitaux». Or, cette loi régit la mention du sexe et le prénom à l’état civil – les interventions médicales en sont explicitement exclues. En 2023, 33 auteurs et artistes ont exigé l’annulation d’une de ses apparitions publiques. Schwarzer continue de nier être transphobe.
Ce que cela signifie pour nous
En Suisse, ce contre quoi Schwarzer met en garde est en vigueur depuis 2022 déjà. Une déclaration à l’office de l’état civil suffit – dès 16 ans, sans l’accord des parents, sans opération, sans expertise. Environ 3’000 personnes ont modifié leur inscription depuis lors.
Avec «Emma», c’est l’une des voix les plus bruyantes contre les droits des personnes trans dans l’espace germanophone qui se tait – au moins au kiosque. Les arguments ne disparaissent pas pour autant, ils continuent de vivre dans les talk-shows et les espaces de commentaires.
Ce qui reste, c’est une leçon: féminisme et droits queers vont de pair. En 1984, cela paraissait une évidence pour Schwarzer. Pour nous, c’est le cas aujourd’hui – lesbiennes, femmes trans, tous ceux et celles qui brisent les rôles imposés luttent pour la même liberté.
«Emma» s’en va – la liberté qu’elle incarnait autrefois reste la nôtre.
Texte: DISPLAY Online.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
