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Turquie: les personnes queers dans le viseur – des expert·es de l’ONU donnent l’alerte

Politique

(Bild: Michael Jerrard | Unsplash)

Le gouvernement turc parle de protection de la famille. Pour les personnes queers et leurs soutiens, cette orientation politique devient pourtant de plus en plus menaçante. Depuis septembre, l’État sévit avec une intensité accrue contre les organisations LGBTI+, les activistes et les lieux de rencontre. 18 expert·es indépendant·es des droits humains des Nations Unies tirent désormais la sonnette d’alarme et exigent la fin de l’intimidation et de la criminalisation.

«Meine Familie ist sicher» (« Ma famille est en sécurité ») – une campagne contre les personnes queers?

Sous le nom «Meine Familie ist sicher», la Turquie mène une opération qui, selon le ministre de la Justice Akın Gürlek, doit servir à protéger les enfants, les familles et l’ordre public. Ces mesures ont donné lieu à des raids dans des organisations queers, des bars et des appartements privés. Des activistes ont également été dans le viseur des autorités.

L’ampleur est considérable: depuis le 12 septembre 2026, au moins 44 défenseur·es des droits humains ont été arrêté·es ou détenu·es en lien avec l’opération, selon les expert·es de l’ONU. Le ministère turc de la Justice a par ailleurs annoncé des poursuites judiciaires contre plus de 160 personnes ainsi que 20 organisations et entreprises. L’ONU critique le fait que ces mesures entravent massivement un travail légitime en faveur des droits humains. Source: expert·es des droits humains de l’ONU

Quand l’engagement devient un risque

La répression ne se limite pas à la rue ou aux locaux associatifs. La liberté d’expression et des médias est également touchée. Fin septembre, l’accès au portail d’information indépendant T24 et à ses comptes sur les réseaux sociaux a été bloqué. Des contenus prétendument relevant de la «propagande LGBTI+» ont servi de justification.

Pour les expert·es de l’ONU, cette évolution est particulièrement alarmante: les personnes doivent pouvoir exercer leurs droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association sans craindre d’arrestations, d’intimidations ou de stigmatisation. Les expert·es exigent donc que l’opération «Meine Familie ist sicher» soit stoppée et que les personnes détenues uniquement pour leur travail légitime en faveur des droits humains soient libérées. La possibilité pour les organisations de recevoir légalement un soutien financier de l’étranger doit également rester garantie.

L’Europe accentue la pression

Les critiques ne viennent pas seulement des Nations Unies. Début octobre, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a elle aussi condamné la répression contre les personnes queers et leurs soutiens. Elle a notamment exigé la libération des personnes détenues en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur engagement pour les droits LGBTI+. Elle a également demandé la fin des restrictions imposées aux sites web et aux réseaux sociaux, ainsi que des interdictions de manifestations Pride. Source: Conseil de l’Europe

L’organisation de défense des droits humains Amnesty International avait déjà mis en garde mi-septembre contre une campagne en pleine escalade. Selon son évaluation, ces mesures risquent de criminaliser systématiquement l’engagement queer. Source: Amnesty International

Être queer n’est pas un crime

L’homosexualité n’est pas fondamentalement illégale en Turquie. Pourtant, des accusations formulées de manière très large, comme l’«obscénité» ou des atteintes à de prétendues valeurs morales, peuvent être utilisées pour s’en prendre aux personnes queers et à leurs organisations. Cela accentue l’insécurité pour une communauté déjà confrontée à la discrimination et à l’exclusion sociale.

La revendication des expert·es de l’ONU est donc claire: les droits humains ne doivent pas être sapés sous prétexte de protection de la famille. La question de savoir si le gouvernement turc réagira à la pression internationale reste ouverte. Pour les personnes concernées, il s’agit cependant de bien plus qu’un symbole politique – il s’agit de liberté, de sécurité et du droit d’être visible sans avoir à craindre quoi que ce soit.

Texte: DISPLAY Online.

Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.

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Magazine DISPLAY

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Publié :

16.10.2026

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