Monsieur le Professeur Dr méd. Braun, où en est-on actuellement avec les stratégies de dépistage des infections sexuellement transmissibles ?
Jusqu’à récemment, un dépistage régulier, parfois trimestriel, de la chlamydia, de la gonorrhée, de la syphilis et du VIH était recommandé aux personnes présentant un risque accru d’infections sexuellement transmissibles (IST). Et cela même lorsque ces personnes ne présentaient aucun symptôme d’IST.
Entre-temps, des études ont pu montrer qu’en l’absence de traitement, les complications de la gonorrhée et de la chlamydia, comme l’infertilité, sont très rares et que le système immunitaire élimine de lui-même une grande partie de l’infection. En Suisse, nous sommes justement en train d’adapter la recommandation de dépistage à cet égard. Ni la recommandation catégorique de tester les personnes sans symptômes, ni le refus catégorique de ces tests ne me semblent pertinents. Il faudrait plutôt examiner individuellement avec chaque personne si un dépistage a du sens, par exemple pour les personnes vivant une relation ouverte, avant le début d’une relation, ou chez les hommes bisexuels ayant aussi des rapports avec des femmes.
Il est important de souligner que le VIH et la syphilis devraient continuer à être dépistés de manière facilement accessible, car ces infections peuvent avoir des conséquences négatives à long terme même chez les personnes asymptomatiques.
À qui s’adresse la Doxy-PEP ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?
La Doxy-PEP devrait être proposée en premier lieu aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) ou aux femmes trans ayant des rapports avec des hommes, qui pratiquent des rapports sans préservatif avec des partenaires changeants et qui avaient déjà contracté une IST bactérienne (comme la syphilis, la chlamydia, la gonorrhée) avant le début de la Doxy-PEP. Dans cette population, la Doxy-PEP offre, en cas d’utilisation correcte, une protection élevée contre la chlamydia et la syphilis, mais bien moins contre la gonorrhée.
Sur le plan individuel, des effets indésirables comme des nausées ou une sensibilité accrue à la lumière du soleil peuvent être désavantageux. À l’échelle de la population s’ajoutent une influence négative possible sur l’ensemble des micro-organismes qui nous colonisent (microbiome) ou, en théorie, un risque accru de favoriser le développement de résistances aux antibiotiques.
Ammar Alexander Braun dirige la Praxis Braun en tant que responsable de cabinet et est chargé de son développement stratégique. Il est l’époux de Dominique Braun.

Qu’en est-il de la problématique des prescriptions d’antibiotiques ?
En principe : des antibiotiques seulement si l’évaluation médicale conclut qu’une infection bactérienne est, avec une forte probabilité, la cause des symptômes du patient. Dans de nombreux cas, on peut temporiser avec les antibiotiques, par exemple lorsque les symptômes ne sont que légers ou proviennent très probablement de virus, comme en cas de rhume, de maux de gorge, etc. Un problème toujours plus important est celui des résistances aux antibiotiques courants, ce qui signifie que les infections bactériennes ne peuvent plus être guéries qu’au moyen de traitements antibiotiques intraveineux coûteux et répétés plusieurs fois par jour, voire, dans de rares cas, plus du tout.
Un rapport mondial paru il y a quelques années est arrivé à la conclusion que, d’ici 2050, davantage de personnes mourront des suites d’infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques que du cancer. Ce problème nous concerne donc tous et ne peut être abordé que par des efforts communs.
Vaccinations : lesquelles faudrait-il recommander dans les groupes cibles ?
À l’heure actuelle, la vaccination contre le M-POX pour les HSH et les personnes trans non encore vaccinés qui changent fréquemment de partenaires sexuels. Pour les personnes résidant en Suisse, la vaccination contre la méningo-encéphalite transmise par les tiques (FSME) a du sens dans presque tous les cas. Par ailleurs, il convient d’évaluer, en fonction de l’âge, des habitudes de voyage ou d’autres risques comme une immunodéficience chez les personnes vivant avec le VIH, si d’autres vaccinations, comme celle contre la pneumonie (vaccin antipneumococcique), sont indiquées.
À propos de la personne
Le Prof. Dr méd. Dominique Laurent Braun dispose d’une longue expérience dans le traitement des personnes vivant avec le VIH, l’hépatite B et C, ainsi que les infections sexuellement transmissibles. Il possède également des compétences reconnues dans le traitement de maladies couvrant tout le spectre de l’infectiologie et de la médecine interne générale.
Praxis Braun
Klinik Hirslanden
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Texte: DISPLAY Online.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
