La drag queen la plus connue d’Allemagne a droit à son biopic – en prime time. Dès le 5 mai sur la médiathèque, le 13 mai à 20h15 sur ZDF.
«J’ai envie de pleurer.» C’est ainsi qu’Olivia Jones commence cette semaine son post Instagram. Fierté et humilité, écrit-elle, sont en ce moment très proches l’une de l’autre. Si quelqu’un lui avait dit il y a quarante ans que la ZDF allait adapter sa vie à l’écran, elle se serait sentie moquée. Aujourd’hui, ça y est.

Le film s’intitule «Olivia», il est basé sur son autobiographie «Ungeschminkt» (sans maquillage) et raconte comment Oliver Knöbel, originaire de Springe en Basse-Saxe, est devenu la drag queen la plus connue d’Allemagne. Oliver adore s’habiller en femme. Dans la petite ville, cela lui vaut surtout du rejet, des moqueries et de la violence. Sa mère non plus ne le soutient pas au début. Seul le départ pour Hambourg, sur le Kiez de St. Pauli, donne à Oliver la possibilité de se réinventer. Là aussi, ce sont d’abord la pauvreté qui l’attend, et non les projecteurs.
Ce qui rend le film ZDF «Olivia Jones» particulier
Johannes Hegemann joue Olivia adulte. Il tenait à se rapprocher du personnage, pas à l’imiter. «Je me suis donné la liberté d’interpréter et de créer moi-même, plutôt que de simplement copier», dit-il. Ce qui l’a aidé: le maquillage. Une heure et demie par jour, musique en fond, et ensuite il y était. «La première fois que j’étais complètement en drag, j’ai ressenti une puissance et une grandeur incroyables. Je bougeais différemment, je me sentais complètement différent.»
Annette Frier joue Evelin, la mère d’Olivia, une femme tiraillée entre la peur, la honte et l’amour. Frier et Jones se connaissent depuis longtemps déjà, elles se sont croisées lors de fêtes et sur des tapis rouges. Sur le tournage, voici ce qui s’est passé: un homme inconnu s’approche de sa table dans le hall de l’hôtel, sourit et dit: «Salut maman.» Il faut un petit moment avant que le déclic se fasse. Puis elles se lèvent et s’enlacent.

La réalisation est signée Till Endemann, le scénario a été écrit par David Ungureit d’après l’autobiographie d’Olivia. Ungureit décrit ainsi le défi: transposer une biographie en scénario signifie condenser, laisser de côté, compenser. Dans la vie d’Olivia, on peut puiser à pleines mains, «créer un bel équilibre entre drame, humour et grandes émotions».
Un film sur le courage
Olivia Jones souligne dans son post que le film ne mérite pas d’être vu à cause d’elle. Mais parce qu’il montre à quel point il est important de suivre son cœur, de se battre pour ses libertés, de tenir tête à la haine. Elle rappelle que sa mère était jeune, élevait seule son enfant et était tiraillée. Que le chemin qu’elle a choisi pouvait signifier isolement et appauvrissement. «On a aujourd’hui presque du mal à l’imaginer. Mais c’était comme ça.»
Pour un public gay en dehors de l’Allemagne, Olivia Jones est peut-être moins familière que pour le public habitué de ses bars du Kiez à Hambourg. Mais son histoire dépasse le contexte allemand: l’histoire de quelqu’un qui était visible à une époque où la visibilité avait encore un prix.
«Olivia» est diffusé dès le 5 mai 2026 sur la médiathèque de la ZDF, et le 13 mai à 20h15 sur ZDF.
Texte: Maurice Müller.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
