J’en ai ras-le-bol. Partout, je ne vois plus que des images et des vidéos générées par l’IA. Tout semble être une pâle copie de la réalité. Dans la publicité, ça me saute aux yeux immédiatement. Dans mon quartier, on construit actuellement un nouveau lotissement. Le projet est promu avec des humains générés par IA. C’est évident. Pourquoi cet enfant a-t-il un sixième doigt difforme? Pourquoi cette femme boit-elle dans une carafe quelque chose qui ressemble aux excréments d’une chèvre de montagne péruvienne? Et la question bien plus importante: pourquoi personne ne vérifie ça avant que ce soit imprimé sur une affiche géante?


C’est encore pire avec les vidéos. Les billets pour l’Oktoberfest à la gare centrale de Zurich sont depuis des mois promus sur Instagram avec des vidéos générées par IA. Pourquoi? Il existe pourtant de vraies vidéos de la beuverie qu’on pourrait utiliser pour la pub? Même les utilisateurs et utilisatrices s’énervent dans les commentaires. «AI-Slop» qu’on y lit, en français: de la bouillie d’IA. C’est paradoxal: d’un côté, on veut donner envie aux gens de dépenser près de 100 francs pour de la bière et du poulet rôti, de l’autre, la pub dit «Hé, l’important c’est que ça ne nous coûte rien.» Les contenus générés par IA manquent de toute valeur, ils sont une absence d’âme avec une saturation de couleurs trop élevée, produits gratuitement en un clic.
Cette chronique aussi a déjà été illustrée avec de l’IA, mais je n’ai aucune influence là-dessus. L’alternative serait que je dessine moi-même quelque chose, et ça ne rendrait service à personne.
Plein gaz vers l’effondrement des modèles
Chaque jour, 50’000 chansons générées par IA arrivent sur Spotify. Plus de la moitié de tous les nouveaux reels sur les réseaux sociaux sont générés par IA. Le trafic automatisé sur Internet atteint désormais 53%. Autrement dit, des ordinateurs communiquent avec d’autres ordinateurs. Cela ne concerne pas seulement les réseaux sociaux, mais aussi les sites d’information classiques. J’ai récemment vu un documentaire sur 3sat qui parlait de la Dead Internet Theory (la théorie de l’Internet mort). À l’avenir, les bots interagiront simplement avec d’autres bots, l’humain n’aura plus aucun rôle à jouer.
S’ajoute à cela l’effondrement des modèles. Parce que l’IA s’entraîne elle-même avec des contenus générés par IA, une distorsion apparaît.
«L’intelligence artificielle produit toujours plus de déchets qui polluent Internet.»
Selon une experte, Internet va se diviser en deux groupes: les personnes prêtes à payer pour des informations et des contenus faits par des humains, et le reste, nourri de déchets synthétiques et de fake news. Appelez-moi vieux jeu, mais j’aime bien, au fond, quand mes contenus ont quelque chose d’humain.
Une mort à petit feu
C’est nous qui décidons, à chaque clic ou like, de la suite pour Internet. Je ne suis pas fondamentalement contre les contenus générés par IA, j’ai quand même vu tous les films Marvel. Mais cette absence d’âme, ce manque de créativité, cet artificiel me perturbent. J’ai donc décidé de faire attention, sur le streaming musical, à ne suivre que de vrais artistes. Si quelque chose sur les réseaux sociaux est entièrement généré par IA, il n’y aura plus de petit cœur de ma part.
Je veux récompenser, avec mon attention, les personnes qui ont vraiment créé quelque chose. Et si tu fais pareil, on pourra peut-être garder Internet en vie encore quelques années.
Frank Richter
est en tournée avec son quatrième one-man-show. Plus honnête, plus direct et plus polyvalent que jamais. #Lovemyjob est une virée effrénée entre observation du quotidien acérée comme un rasoir et humour noir comme la nuit.
Dates: frankrichter.ch

Texte: Frank Richter.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
