Pour Ilia Ageev et Dmitrii Kiselev, le temps presse: le couple gay doit quitter la Suisse d’ici début octobre et retourner en Russie. Le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a rejeté leur demande d’asile; le Tribunal administratif fédéral a confirmé la décision fin août.
Les deux hommes ont pourtant depuis longtemps construit leur vie en Suisse. Ils y vivent depuis 2021, ont appris l’allemand, se sont fait des amis et se sont engagés. Dmitrii, pédagogue de formation, soutient bénévolement une école enfantine zurichoise en tant qu’assistant scolaire. Ilia s’engage comme photographe ainsi que dans la communication et les relations publiques. Tous deux sont en outre actifs bénévolement au sein de la communauté queer, notamment dans l’entourage de Regenbogenhaus Zürich, Rainbow Networks et Zürich Pride.
Fuite après une attaque homophobe
Le chemin vers la Suisse a commencé après une attaque à Saint-Pétersbourg. En avril 2021, Ilia a été agressé, selon ses propres déclarations, en raison de son homosexualité et a subi une fracture du nez. Il a porté plainte, mais aucune enquête n’aurait été ouverte. Un mois plus tard, les deux hommes ont quitté la Russie.
Depuis, la situation des personnes queers en Russie s’est encore aggravée. Le «mouvement international LGBTQ» a été classé comme extrémiste par les autorités russes. Le couple craint donc, en cas de retour, de subir des répressions en raison de son orientation sexuelle et de son engagement public.
Les autorités suisses évaluent la situation différemment. Le SEM et le Tribunal administratif fédéral ne voient pas de mise en danger individuelle suffisante pour justifier un droit d’asile. Le tribunal constate certes que les personnes homosexuelles en Russie sont soumises à d’importantes restrictions légales. Il conclut néanmoins qu’un risque concret de persécution pour Ilia et Dmitrii n’est pas établi.
Cette évaluation est contestée. L’avocat spécialisé en droit des migrations Valerio Priuli a critiqué, dans les colonnes du «Blick», le fait que la mise en danger future potentielle aurait pu être examinée de manière plus approfondie. Amnesty International a également exprimé des réserves, renvoyant à la situation des droits humains en Russie.
Le cas de rigueur, dernier recours
Parallèlement à la procédure d’asile, Ilia et Dmitrii ont déposé une demande de cas de rigueur. Celle-ci doit prendre en compte l’ensemble de leur situation personnelle – notamment leur long séjour, leurs liens sociaux, leur intégration et leur engagement bénévole.
Une pétition Campax lancée par Ilia demande à l’Office des migrations zurichois d’examiner la demande avec soin et de suspendre l’exécution du renvoi jusqu’à la décision. Le 26 septembre, la pétition a atteint 500 signatures.
Il ne reste donc que peu de temps au couple. Après plus de cinq ans en Suisse, la question demeure en suspens: leur vie construite ici pourra-t-elle continuer – ou devront-ils réellement retourner en Russie?
Texte: DISPLAY Online.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
