Le 20 mai 2026, la Chambre des représentants américaine, dominée par les républicains, a adopté le «Stopping Indoctrination and Protecting Kids Act» (litt. «loi contre l’endoctrinement et pour la protection des enfants») – connue du public sous le nom de loi «Don’t Say Trans». Le vote s’est soldé par 217 voix contre 198, avec 15 abstentions. Les 435 député(e)s n’étaient pas tous présents. Les 209 républicains votants ont tous voté pour, ainsi que huit démocrates: Henry Cuellar, Don Davis, Cleo Fields, Laura Gillen, Vicente González, Marcy Kaptur, Marie Gluesenkamp Perez et Eugene Vindman.
La loi combine deux projets distincts et s’immisce profondément dans le quotidien scolaire. Les écoles qui reçoivent des fonds fédéraux sont tenues d’obtenir l’autorisation parentale avant de reconnaître le prénom choisi, les pronoms ou les toilettes utilisés par un(e) élève trans. Aucune exception n’est prévue pour les enfants en danger. Le texte de loi interdit en outre explicitement d’utiliser des fonds fédéraux issus de l’Elementary and Secondary Education Act pour enseigner ou promouvoir une «idéologie du genre» – définie selon le décret exécutif 14168 de Trump, qui rejette comme idéologique le concept d’un spectre des genres. Cela ne concerne pas seulement certains livres, mais l’ensemble des contenus d’enseignement traitant des personnes trans.
Le contexte: de la Floride à Washington
Cette loi n’est pas une rupture soudaine, mais l’aboutissement provisoire d’une longue évolution politique. La Floride a ouvert la voie en 2022 avec la loi dite «Don’t Say Gay», qui restreignait les thématiques LGBT dans l’enseignement primaire. Les conséquences ont été documentées: des enseignants ont retiré des drapeaux arc-en-ciel des salles de classe, des livres ont été retirés des bibliothèques scolaires, des clubs d’élèves queers ont perdu leur soutien institutionnel. Depuis, de nombreux États à majorité républicaine ont adopté des lois similaires. Avec HR 2616, cette approche est pour la première fois étendue au niveau fédéral – indépendamment du parti au pouvoir dans chaque État.
Cela a été rendu possible par les majorités républicaines dans les deux chambres et par le second mandat du président Donald Trump, qui a déjà pris plusieurs mesures exécutives contre les droits des personnes trans dès sa première année de mandat. Pour les lectrices et lecteurs queers en Suisse, l’ampleur de cette évolution est difficile à saisir: il ne s’agit plus d’États isolés, mais d’une politique nationale qui prive les jeunes trans de toute protection institutionnelle.
Réactions
L’ACLU a réagi immédiatement après le vote: «La Chambre des représentants vient d’exiger que les enseignants outent de force les jeunes trans. Censurer l’idéologie du genre n’aide aucun enfant.» L’organisation a souligné que la loi mettait en danger les jeunes les plus vulnérables et a appelé le Sénat à rejeter le projet.
Tyler Hack, du Christopher Street Project, a qualifié HR 2616 d’«outing forcé ordonné par l’État» et a souligné que, pour de nombreux enfants trans, l’école est le seul endroit sûr où ils peuvent être eux-mêmes.
Republicans just passed their hate-fueled Don't Say Trans bill that infringes on American students' First Amendment rights by censoring curricula and banning books, and could put children in harm's way by requiring schools to out trans students in certain situations, even if… pic.twitter.com/hSaTwrWYf7
— Rep. Nadler (@RepJerryNadler) May 21, 2026
Ce qui va se passer ensuite
La loi doit encore passer devant le Sénat, où les républicains disposent d’une majorité de 53 sièges contre 47. Il n’est pas certain que tous les sénateurs républicains votent en sa faveur. Si la loi passe le Sénat, la signature de Trump est considérée comme acquise.
Texte: Maurice Müller.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
