Les tenues légendaires de Susanne Bartsch

Musique

Une Bernoise qui faisait la fête avec Warhol et qui a envoûté New York avec son Love Ball : voici Susanne Bartsch. 

Du 20 juin au 7 décembre 2025, le Museum für Gestaltung rend hommage à l’œuvre de Susanne Bartsch, la légendaire icône stylistique new-yorkaise aux racines suisses.

À propos de l’exposition
Susanne Bartsch est une icône stylistique et la tête pensante derrière des soirées new-yorkaises légendaires depuis quatre décennies. Née en Suisse, elle a trouvé ses racines dans la contre-culture londonienne des années 1970. Depuis 1981, elle vit à New York, où elle s’engage pour une diversité vécue et relie mode, culture club et performance. Elle utilise le plaisir et la jouissance comme stratégie créative pour remettre en question les normes sociales. La mode lui sert de moyen d’expression de soi et de transformation. Pour ses looks extravagants, elle collabore avec des créatifs, coiffeurs et maquilleurs internationaux. Son style et son imagination influencent encore aujourd’hui la mode underground et la culture club contemporaine. L’exposition emmène le public dans une nuit de club et montre à quel point le travail sur la tenue, la présentation et l’espace peut être transformateur.

20.06. – 07.12.25, Museum für Gestaltung Zürich, museum-gestaltung.ch

Toutes les infos sur l’exposition ici

Susanne Bartsch Calling

Par Rico Schüpbach

La Suissesse Susanne Bartsch est considérée comme l’une des icônes de la scène club new-yorkaise. Avec ses looks spectaculaires, ses événements inoubliables et ses galas de collecte de fonds glamour, elle a marqué la vie nocturne. C’est surtout dans les années 1980 qu’elle a acquis sa notoriété avec des événements légendaires comme le «Love Ball», où elle a réuni la haute couture, les célébrités et la scène ballroom de Harlem en un mélange unique. Dans un entretien avec DISPLAY, cette personnalité flamboyante livre un aperçu de ses projets.

Je joins Susanne Bartsch par appel WhatsApp, alors qu’elle se trouve dans le nord de l’État de New York. La connexion est mauvaise – elle est en déplacement, en train de prendre un café au drive-in. Une scène qui ne pourrait guère être plus américaine. J’appelle depuis Buenos Aires, et nous parlons anglais. «Tu as quitté la Suisse pour Buenos Aires, that is a good move», me dit-elle – quelque chose d’assez grisant à entendre de la bouche de la reine de la nuit en personne.

Amanda Lepore Photo: SMLTD

Welcome to Bartschland

Elle me demande si j’ai déjà vu son livre récemment paru, «Bartschland – Tales of New York City Nightlife». Pas encore sous forme physique, dois-je admettre. «Ce livre, c’est ma vie en images», explique-t-elle. Une vie pleine d’excès et de créativité. Ses fêtes attirent des âmes créatives et des artistes extravagant·e·s du monde entier, de Paris à Tokyo. 

RuPaul, sans doute la drag-queen la plus connue au monde et amie de longue date de Susanne, a signé la préface. C’est Susanne qui avait engagé RuPaul pour l’une de ses soirées légendaires, «Savage»,
et qui avait prédit à la drag-queen : «You Are A Star». Depuis, les deux sont inséparables.

«Till this day, Susanne is the person that so many
young dreamers count on to color their world.
I love Susanne endlessly.» – RuPaul

RuPaul Photo: Roxanne Lowit

Icône de la vie nocturne

Depuis les années 1980, Susanne Bartsch fait partie du paysage de la vie nocturne new-yorkaise et de la scène LGBTIQ+. Avec son premier «Love Ball» en 1989, elle a créé un événement reliant la communauté ballroom new-yorkaise à des stars de la pop culture et de la haute couture – dans le but de récolter des fonds pour la lutte contre le sida. Beaucoup de ses amis et compagnons de route ont été emportés par la maladie. Avec trois autres Love Balls, elle a pu récolter jusqu’à aujourd’hui des millions pour la bonne cause – et un nouveau bal est déjà en préparation.

«The Swiss Miss»

Bien que Susanne Bartsch ne vive plus depuis longtemps en Suisse, son lien avec son pays d’origine reste fort. Elle travaille actuellement sur une exposition pour le Museum für Gestaltung à Zürich, qui doit ouvrir en juin 2025. C’est sa façon de relier les mondes de l’art, de la mode et de l’activisme, et de présenter l’œuvre de sa vie.

À l’été 2024, Susanne Bartsch a participé à la Zurich Pride. «La Zurich Pride était fantastique, j’ai passé un moment merveilleux. C’était formidable de voir comment la Suisse célèbre la diversité. Je me sens la bienvenue ici et je suis très fière d’être suissesse», raconte-t-elle avec enthousiasme. À la question de savoir ce que signifie pour elle le fait d’être suissesse, elle répond : «Je trouve la couleur du passeport très belle. Et j’apprécie la neutralité de la Suisse. J’ai un lien profond avec ce pays.» Sa sœur et son frère y vivent encore.

Bartsch avec Debi Mazar et les Chanel Twins, Mondrian L.A.

«US-Politics is a disaster»

Susanne Bartsch devient aussi politique : «La politique américaine actuelle est un désastre. Nous semblons vivre à une époque où les mauvais comportements sont récompensés», poursuit-elle. «Tu n’obtiens même pas un job dans une chaîne de fast-food avec un casier judiciaire. Trump a été condamné, et il vient d’être réélu président. C’est tout simplement inconcevable.»

«Sans les réseaux sociaux, nous ne serions pas dans cette situation. Tout le monde a une opinion sur tout et la diffuse via les réseaux sociaux. Aujourd’hui, n’importe qui peut affirmer n’importe quoi, et les gens le croient. S’il n’y avait pas Twitter, ou plutôt X, des personnes comme Trump ne seraient nulle part.» Susanne Bartsch voit avec des sentiments mitigés les évolutions liées aux réseaux sociaux et à la numérisation. «Avant, les gens sortaient pour s’exprimer et faire partie d’une communauté. Aujourd’hui, ils font tout depuis leur canapé. La vie nocturne en pâtit aussi», regrette-t-elle. «RuPaul appelle ça ‹The Square›. Tout se passe en ligne – cours de fitness, cours en tout genre.» Susanne Bartsch explique que le monde numérique ouvre certes de nombreuses possibilités, mais qu’il évince aussi les véritables interactions humaines. 

Éprouvée par la catastrophe du sida

Pour quelqu’un comme Susanne Bartsch, qui incarne la vie nocturne réelle et l’interaction entre créativité et communauté, ce changement représente un défi pour l’avenir de la scène. Elle ne souhaite pourtant pas retrouver les années 1980, car cette époque fut particulièrement difficile. La catastrophe du sida a frappé la communauté queer de plein fouet. «Le sida a été présenté comme la ‹peste gay› et a entraîné une discrimination énorme. C’était alors une condamnation à mort, heureusement plus aujourd’hui.»

Au fil des années, Susanne Bartsch s’est construit une marque. Le musée du Fashion Institute of Technology (FIT) lui a consacré en 2015 l’exposition «Fashion Underground: The World of Susanne Bartsch», où 128 de ses looks emblématiques étaient exposés. En 2018, le documentaire «Susanne Bartsch: On Top» a été présenté en première. Avec son spectacle hebdomadaire «Bartschland Follies» au McKittrick Hotel, elle a aussi conquis le monde du cabaret. 

Bartsch avec Zaldy, Lady Miss Kier, Thierry Mugler et Dimitry Brill.
Photo: Wouter Deruytter

Aujourd’hui encore, Bartsch organise des événements somptueux à New York et dans le monde entier. Elle collabore avec des musicien·ne·s comme Mark Ronson, Icona Pop, Allie X et Kim Petras. Ses fêtes attirent des invité·e·s flamboyant·e·s et extravagant·e·s et se déroulent dans des lieux exclusifs. 

Avant-Garde Self Expression

Susanne Bartsch est une icône LGBTIQ, mais le self expression n’est pas réservé aux personnes queers. «Je connais des hommes hétérosexuels qui font de la drag, tout simplement parce qu’ils aiment l’expression artistique. Muffinhead (Insta : muffinheadtv) en est un exemple. Il s’agit de self expression et d’art. La clé, c’est d’essayer des choses et d’expérimenter. Quand tu découvres ce que tu aimes faire, c’est un immense cadeau. Le plus difficile, c’est d’en faire un métier. Si tu y arrives, tu as atteint le bonheur ultime.»

Texte: Rico Schüpbach.

Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.

Rico Schüpbach

Rédaction
Magazine DISPLAY

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Publié :

14.07.2025

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