Devant le tribunal de district de Zurich, deux mondes politiques se rencontrent aujourd’hui. Pendant que plusieurs dizaines de personnes manifestent dehors contre la «Junge Tat», six membres du groupuscule d’extrême droite doivent répondre à l’intérieur de diverses infractions présumées. Le procès a commencé ce matin.
L’ambiance devant le tribunal était électrique. Des organisations de gauche s’étaient rassemblées pour une manifestation, des drapeaux antifas et des pancartes ont été brandis. Lorsque les accusés sont arrivés devant le bâtiment, un manifestant a crié fort: «Dégagez de notre ville!» Les accusés eux-mêmes se sont en partie présentés au tribunal avec leurs propres messages politiques, dont «#NoPrideMonth» et «La famille plutôt que l’idéologie du genre».
Ce qui se joue devant le tribunal
Au centre de la procédure se trouvent des actions de la «Junge Tat» menées entre 2022 et 2024 à Zurich, Bâle, Winterthour et Saint-Gall. Le Ministère public reproche notamment aux prévenus discrimination et incitation à la haine, atteinte à la liberté de croyance et dommages à la propriété. S’y ajoutent d’autres accusations comme la violation de domicile, l’émeute, la contrainte et des infractions liées à des actions de protestation et de banderoles.
Pour la communauté queer, deux actions zurichoises de 2022 sont particulièrement pertinentes: une action de perturbation lors d’un culte de la Pride ainsi qu’une action contre une lecture drag pour enfants. Selon les comptes rendus du jour, toutes deux comptent parmi les accusations centrales.
Les deux principaux accusés, Manuel Corchia et Tobias Lingg, doivent s’attendre aux réquisitions les plus lourdes. Le Ministère public demande pour chacun 15 mois de privation de liberté, dont six mois fermes. Les prévenus contestent une grande partie des accusations et invoquent la liberté d’expression.
«Pas un procès d’opinion»
Dans sa plaidoirie du jour, le procureur a souligné qu’il ne s’agissait pas de savoir quelles opinions politiques défendent les prévenus. Les opinions peuvent aussi être exprimées lorsque d’autres les trouvent répugnantes. La limite se situe là où des moyens punissables sont employés pour les imposer.
C’est précisément là que se trouve le cœur politique de la procédure: les accusés présentent en partie les reproches comme une attaque contre leur activité politique et leur liberté d’expression. Le Ministère public argumente au contraire que la protestation politique doit se dérouler dans le cadre de l’ordre juridique en vigueur.
Un procès qui dépasse la «Junge Tat»
Selon la SRF, la «Junge Tat» est un groupuscule d’extrême droite actif, que les spécialistes rattachent à la Nouvelle Droite. Le groupe est surtout visible par sa forte présence sur les réseaux sociaux et s’en prend notamment à la migration et aux thèmes LGBTQ.
Pour les personnes queers, le procès est donc plus qu’un règlement de comptes juridique avec des actions passées. Il place au centre la question de savoir où s’arrête l’expression politique protégée par le droit – et où commencent la discrimination, l’intimidation ou d’autres actes punissables.
Aucun jugement n’est encore tombé. Le procès se poursuit aujourd’hui au tribunal de district de Zurich. Jusqu’à un jugement entré en force, la présomption d’innocence s’applique à tous les prévenus.
Texte: DISPLAY Online.
Traduit de l’allemand – article paru sur display-magazin.ch.
